mercredi 23 avril 2014

Le Château sur le Glaçon

Bonjour,

Voici une œuvre inachevée et son esquisse, que j'ai réalisé il y quelques mois pour vous. J'espère qu'elle vous plaira.
Je sais que je ne fais plus beaucoup d'article, et j'en suis désolé, mais j'ai des projets plein la tête, sans pour autant avoir beaucoup de temps pour les réaliser.





dimanche 1 décembre 2013

Le Château du Nideck


Historique du burg 

C’est une intense activité volcanique, qui il y a 250 million d’années forgea les éperons de rhyolite, sur lesquels coule l’une des plus célèbres cascades des Vosges. Dans ce décor au caractère si particulier naquirent  bien des passions et des légendes... Situé à près de 534 mètres d’altitude, le château du Nideck est à l’extrémité d’une crête, surplombant la vallée de la Hansel. Ce dernier, est en réalité un complexe castral en regroupant deux. Il apparaît que ces deux édifices nettement distincts, ont été construits à un siècle d’intervalle. (cf .partie architecture)

Le château du Nideck inférieur est vraisemblablement commencé dans la première moitié du XIIIe siècle. A la faveur du Grand Interrègne (1250-1273) de nombreux chantiers de châteaux sont démarrés dans le secteur par l’évêque de Strasbourg. En effet ces lieux revêtent une importance stratégique capitale (contrôle de la vallée), alors que le prélat est parti prenante dans le conflit de succession des Dabo-Eguisheim. Malgré cela la construction présente de nombreuses traces témoignant d’un arrêt brutal du chantier vers le milieu du siècle, il est à ce jour inexpliqué. Confié au landgrave de basse Alsace, ce dernier entreprend de finir le chantier et de démarrer l’édification d’un deuxième burg plus vaste  avec un logis seigneurial plus conséquent. Il choisi de le bâtir sur l’éperon rocheux voisin. Une basse cours cernée de murs reliait autrefois les deux châteaux.

Dès lors le château passe de mains en mains, de familles de sénateurs strasbourgeois.  Son coût d’entretien important et le manque d’intérêt de ces dernières familles à posséder un pareil château les conduisirent à le fractionner en multiples propriétés au XIVe siècle qu’elles vendaient au premier petit chevalier brigand venu.  Très rapidement les querelles s’enchainent entre copropriétaires, de plus des taxes sont impayées à l’évêque par un habitant dénommé Thomas Megde. Tout cela fini par lasser le prélat qui place un nouveau seigneur à la tête du château, un certain André Wyrich qui ne tarde pas à ce comporter en félon. S’alliant avec les armagnacs il s’attire les foudres de ceux qui l’on placés là. Le burg est assiégé par les Strasbourgeois en 1448. Le châtelain fait volte face, néanmoins la ville fut clémente avec lui et lui laissa le château. Son repenti de circonstance et peu sincère amena la ville à ré-assiéger le Nideck peu de temps après.

Le Nideck est ensuite la propriété de la famille de Müllenheim qui dans sa quête de contrôle du massif dans son conflit avec les Zorn accumule les forteresses et les entretiens peu.  En 1636 alors que la guerre de trente ans ravage l’Alsace, un incendie détruit les bâtiments à jamais abandonnés.

Architecture et vestiges


Observons les deux constructions, séparées d’une basse cour, l’une après l’autre. Celle du haut, présente un fossé et un mur dit ‘’ bouclier ‘’. Attenante à la tour on trouve de maigres vestiges de ce qui était autrefois le logis seigneurial. Les ruines du bas montrent un donjon carré qui protège un logis exigu. La partie basse date du milieu du XIII` siècle, alors que l'autre construction, fut édifiée début du XIVème. De bas en haut le château se divise ainsi en trois plateformes.

La première en arrivant depuis la cascade comporte le plus ancien des donjons. Ce dernier plutôt étroit (mais accessible), présente des murs épais et ne laisse subsister qu’une surface au sol d’environ 9m2. Il ne s’agissait en rien d’un lieu de vie. En observant la maçonnerie on constate des différences de taille de pierre entre le haut et le bas du donjon. En bas de belles pierres à bossages (finement taillées) en bas, alors que la partie supérieure des blocs hétéroclites grossièrement assemblés. Tout ceci semble indiquer une interruption des travaux.

La deuxième terrasse entre les deux donjons formait  une basse cour fortifiée, reliant les deux ouvrages. Le peu de vestiges dans cette partie nous empêche, de nous donner une idée de ce à quoi ressemblait le site. Au Nideck en effet, de nombreux bâtiments étaient en bois, à l’instar du logis seigneurial du bas.

 Empruntant un escalier assez raide, aménagé au XIXe siècle pour les touristes, nous arrivons sur la troisième terrasse. Le mur d’enceinte barre le socle rocheux dans le sens de sa largeur. Ici le donjon encore plus étroit que le premier. Il était partie intégrante du rempart et jouxtait le deuxième logis. Ce dernier, occupait la totalité de la haute plateforme, elle même subdivisée en deux demi niveaux.

Accès et anecdotes


Le château se situe dans la vallée de La Hansel, attenante à celle de Schirmeck. Sur la route allant d’Oberhaslach vers Wangenbourg,  un petit parking marque le début d’un sentier de 25 minutes environ. Il conduit à la cascade puis au château (attention le sentier est escarpé). Conseil si le temps le permet, y aller au début du printemps avant la feuillaison la forêt étant très touffue, vous bénéficierez ainsi d’une vue dégagée.

Le burg tient en grande partie sa renommé à un conte reprit par les frères Grimm. Il s’agit de « La fille du géant » (Rirsenfräulen) . C’est une légende moralisante visant à faire comprendre aux puissants que sans les paysans sur leurs terres, ils ne seraient rien, n’en déplaise à la princesse qui les prenait pour des jouets.   




Sources

 Les châteaux des Vosges, la région de Dabo et Nideck C.   Carmona et Guy Trendel  Ed. Pierron
http://www.commune-oberhaslach.fr/chateau_nideck.html

                                                                                                                    Tristan SIEBERT



samedi 31 août 2013

Bernstein - Ortenbourg

Ortenbourg vue depuis l'entrée.

Le Bernstein et l'Ortenberg sont deux châteaux forts aux histoires et aux ambitions très différentes mais qui présentent de fortes similarités architecturales.

Le Bernstein, important château en granite, est l'un des plus vieux château d'Alsace. Mentionné pour la première fois en 1009. Le château construit en grande partie en bois fut détruit au XIIeme siècle avant d'être reconstruit sous sa forme actuel. Il sera restauré par l'évêque de Strasbourg durant le XIIIeme siècle. Le château est à l'époque réputé pour être bien pensé d'un point de vue militaire.

Bernstein vu du côté le plus accessible.
A 1h du Bernstein à pied, ce trouve l'Ortenbourg. Ce château beaucoup plus récent fut construit par Rodolphe de Habsbourg entre 1262 et 1269 sur l'emplacement d'un château plus vétuste. L'Ortenbourg, s'inspire de son voisin le Bernstein mais en poussant beaucoup plus loin la pensé militaire de l'édifice. De fait il est réputé comme le château ayant atteint la perfection militaire dans tout le Rhin Supérieur. Néanmoins le château est assiégé en 1293, durant le conflit qui opposa les Habsbourgs à Adolphe de Nassau. Pour en venir à bout de la forteresse, les assiégeant ont du construire un château en contrebas, le Ramstein.


Les deux châteaux comportent de nombreuses similitudes. La première étant leur puissant donjon pentagonale devant protéger l'ensemble de la forteresse. Et surtout le palais ou haut château se trouvant juste derrière en enfilade. De plus pour chacun des deux, le haut-château et construit sur un rocher rendant son accès pratiquement impossible hormis par l'intérieur du château.

Ramstein vu depuis l'Ortenbourg
Néanmoins l'Ortenbourg améliore de nombreux points vis à vis du Bernstein. Premièrement, l'entrée du Bernstein se trouve du côté le plus accessible, bien que des enceintes extérieurs ont été construites au file des ans. La séquence d'entrée de l'Ortenbourg est très bien pensé. En effet, l'attaque s'effectue face au haut-château qui a été érigé sur un éperon rocheux. Pour accéder à l'entrée il faut contourné le château à l'intérieur d'un fossé passant juste en dessous du donjon et qui oblige les assaillants à rester à porter de tire. De plus le donjon est lui même protéger par un mur chemise percé d'innombrable meurtrière facilitant la défense. En outre le donjon lui même est percé de meurtrière dans l'éventualité ou les assaillant arrive à l'intérieur du château. Rappelons que le donjon du Bernstein ne possède pas de mur chemise et ne possède pratiquement pas de meurtrières.

Le Bernstein est construit entièrement en enfilade derrière le donjon. A savoir : donjon, haut château, bas château. L'Ortenbourg quant à lui reprend la même logique donjon, haut-château, mais protège le bas château derrière ces deux parties, sur le côté opposé à l'attaque. De fait les vaste bais gothique du haut-château sont toutes orientées vers le bas châteaux et non pas vers l'extérieur où se trouve bon nombres de meurtrières. Le Bernstein quant à lui oriente ses très belles bais romanes de part et d'autres du logis donc vers l'extérieur du château. Néanmoins l'immense château du Bernstein possède une enceinte extérieur protégeant le haut et bas château en intégralité.

Alors que le château du Bernstein est un vaste palais comtale puis ecclésiastique qui devait être luxueux et bien défendu et dont l'architecture accentue son caractère défensif. L'Ortenbourg quand à lui s'inspire de son voisin en approfondissant son architecture pour devenir le chef d'œuvre militaire de son époque. Il n'en faut pas moins pour contrôler d'entré de la riche vallée de Sainte Marie au Mine connue pour ses mines d'argents et ringardisé par la même occasion le Haut Koenigsbourg tout proche à la fois vétuste (construit 150ans plus tôt) et peu accessible. Mais sans le Bernstein, l'Ortenbourg n'aurait peut être jamais été le fleuron de l'architecture militaire médiévales du Rhin supérieur?
Haut-château Bernstein, vu depuis l'entrée.


Vu du côté le plus accessible - Ortenbourg
Entrée - Ortenbourg
Intérieur du logis - Ortenbourg
Ortenbourg et Haut-Koenigsbourg
Ramstein

jeudi 25 juillet 2013

Ambitions Médiévales : part. 5


  - J’espère que ce vieux Roland voit rouge ! Ricana un jour Jehan qui se félicitait de sa
vengeance.
  - Il est certainement en train de pleurnicher dans son château, ajouta Arold en s’esclaffant.
Ce bougre ne devait pas se douter que le fils bâtard d’Adrien puisse lui causer tant de tort.
Jehan se rembrunit.
  - Il n’est plus question de bâtardise, Arold. Je suis le Duc maintenant.
Arold s’empressa de répondre.
  - Pardonne-moi mon ami.
Jehan hocha la tête, signe qu’il pardonnait. Ils continuèrent de savourer leur vengeance en
compagnie des autres chevaliers, lorsque l’on annonça la mobilisation par Roland d’un bon
nombre de combattants.
  - Le sottard a donc décidé de répliquer, s’exclama Jehan que cette nouvelle excitait. A quand
la rencontre ?
  - Environ cinq jours, annonça l’un de ses alliés.
  - Qu’il vienne alors, fit le jeune Duc en souriant, ainsi ma victoire sera pleine.
  - Nous devons éviter la bataille rangée, lâcha Arold.
Jehan se tourna vers lui avec curiosité.
  - Pourquoi donc ? Son ost est-il plus grand que le mien ?
Arold fit signe que non, mais ajouta :
  - Une bataille rangée en rase campagne est beaucoup trop périlleuse.
  - Sommes-nous des hommes ou bien des chiots apeurés ? S’exclama Jehan. Nous ferons
comme il me plaira et l’idée d’une bataille rangée ne m’effraie point. Nous ne tirerons guère
de gloire à des escarmouches ou embuscades. Attaquons l’ennemi et détruisons le !
Personne ne s’opposa à sa décision, ce serait donc la technique de cavalerie montée.
A l’aube du cinquième jour, les deux armées se faisaient face. La cavalerie lança son
premier assaut contre l’ost de Roland. Les cavaliers avançaient d’abord lentement, la bannière
affichant fièrement les couleurs du duc Jehan, puis ceux-ci accélérèrent au moment d’arriver
sur l’ennemi, cherchant à disperser les chevaliers et former des groupes isolés faciles à
vaincre. Le duc s’engagea lui aussi au coeur de la bataille, tout fier qu’il était de montrer à son
armée qu’il était un meneur d’homme. Il serait un Duc combattant, l’exact opposé de ce
qu’avait été son père, ainsi que son frère qui n’avait cependant pas eu grand temps de se
forger une quelconque réputation. Hissé sur son cheval, il usait de son épée avec agilité,
faisant tomber plusieurs ennemis de leurs montures et poussant des cris de fierté à chacune de
ses victoires. Mais alors qu’il mettait en déroute un nouvel ennemi, il ne fit pas attention à
l’assaillant qui venait le prendre à revers et lui assena un coup violent dans le dos.
Complètement dérouté, il fut désarçonné de sa monture et tomba lourdement sur le sol. Il
parvint à se redresser tant bien que mal au milieu des cavalcades et des combats au sol, puis
jeta un coup d’oeil autour de lui, l’esprit encore embrumé.
  - Le Duc ! Hurla Arold, toujours sur sa monture, tandis que plusieurs bataillants se jetaient
sur Jehan après l’avoir reconnu. Protégez le Duc !
Le bâtard leva son épée et tenta de se défendre tandis que l’ennemi fonçait sur lui. Il constata
soudainement qu’il ne portait plus son heaume, sûrement était-il tombé lors de sa chute. Il
esquiva plusieurs coups successifs, grognant et grimaçant lorsqu’il recevait un coup d’estoc
sur son armure. Un allié vint se battre à ses côtés, repoussant l’un des chevaliers et le
conduisant à un combat face à face. Jehan fut soulagé de ces quelques secondes de répit que
l’arrivée du chevalier alliée provoqua, puis reprit immédiatement le combat. Ses pieds
s’enfonçaient légèrement dans la boue humide mêlée au sang et aux excréments de chevaux
qui jonchaient le sol, et il sentait ses forces s’amenuiser. La suffisance et la fierté qui l’avait
gagné jusqu’alors s’échappaient rapidement de lui afin de laisser place à une peur
envahissante. Ce pouvait-il qu’il se soit fourvoyé ? Etre lâche et inactif comme l’avait été son
père n’aurait-il pas été plus prudent afin de conserver l’héritage ? C’était en se cachant dans
ses terres et en évitant les batailles que l’on gardait la vie sauve ! Un nouveau coup d’épée lui
coupa le souffle et il tomba à genoux. Il contempla un moment ses bourreaux dont les yeux ne
laissaient voir aucune pitié ; aucune envie de le garder comme otage en échange d’une
imposante rançon. Dans le même temps, il les comprenait. Il avait saccagé leurs terres, violer
leurs femmes, estropié leurs enfants et tuer un bon nombre d’hommes. Personne dans leur
situation n’aurait pu faire preuve de clémence, lui-même ne l’aurait pu s’il avait été à leur
place avec le destin du vieux Roland entre ses mains. L’épée se leva devant lui tandis que les
échos de la bataille résonnaient toujours autour d’eux. Il ferma les yeux, songeant que son
héritage ne serait pas perdu grâce à Ariane et à leur fils. Ce petit garçon deviendrait le
nouveau duc, Arold veillerait soigneusement à ses intérêts. Jehan aurait tellement voulu
connaître le succès et rester duc encore plus longtemps que son paternel, mais le destin en
avait décidé autrement. Il n’entendit pas la lame s’abattre sur son cou, car seuls les battements
de son coeur résonnaient contre ses tympans, lui cachant alors tout autre son.
La tête de Jehan, le bâtard que l’ambition avait mené jusqu’ici, alla rouler sur le sol boueux en
clignant une dernière fois des yeux. Le corps s’affaissa et s’écroula dans une marre de sang
tandis que les ennemis retournaient au combat, personne de son ost ne semblant se rendre
compte que leur chef était mort. Le duc n’était plus.
Quelques mois plus tard, Ariane accouchait d’un bambin ressemblant étonnement à son père.
Une magnifique petite fille…

Coralie Martin

mercredi 24 juillet 2013

Ambitions Médiévales : part. 4


  - Dans un mois nous lancerons notre entreprise sur les terres de Roland, déclara Jehan à
Arold qui se tenait près de lui. Nous gagnerons enfin la justice !
Son bon ami hocha la tête.
  - Rapine, violence : tout vous sera permis !
  - Les hommes seront ravis, voilà bien longtemps qu’ils se morfondent en attendant de se
battre.
Jehan secoua la tête en soupirant.
  - Mon père était un grand homme, mais pas assez fort pour mener cette guerre. Quand à
Gaultier, c’était indéniablement un faible ! Cette femmelette n’aurait jamais su diriger
correctement le duché !
  - C’est donc une bénédiction qu’il nous ait quitté si vite, lâcha Arold en contemplant Jehan
d’un air entendu.
Le bâtard le dévisagea un moment avec indécision, se demandant si son ami avait deviné quel
rôle il avait joué dans la mort de son demi-frère. Bien que celui-ci était un véritable ami, le
meilleur qu’il ait eu d’ailleurs, Jehan avait jugé préférable de ne rien lui dire.
  - Bien, finit-il par dire sans s’attarder, mettons en place les préparatifs. Et surtout, il faut
veillez à ce que Roland ne se doute de rien.
  - Bien entendu, répondit Arold.
Jehan quitta la pièce pour se rendre auprès d’Ariane qui tissait tranquillement.
  - Bonjour ma chère, fit-il en se penchant pour lui baiser le front. Vous portez-vous bien ?
La jeune femme posa affectueusement sa main sur son ventre légèrement rebondi en lui
souriant.
  - Tout va bien, je vous remercie.
  - Espérons que notre fils sera en bonne santé ! Clama-t-il.
Puis il la fixa plus longuement.
  - Je vous trouve bien pâle, s’inquiéta-t-il, voulez-vous un verre de vin ?
Il claqua des doigts pour que le valet apporte une coupe de vin rouge.
  - C’est simplement le manque de soleil, je suis si souvent à l’intérieur ! Le rassura son
épouse.
Le verre arriva et Jehan l’attrapa, se penchant ensuite vers elle.
  - Buvez tout de même, ordonna-t-il avec douceur, mais fermeté. Cela vous redonnera des
couleurs !
Elle s’exécuta, prenant uniquement une gorgée.
  - Buvez tout Ariane, fit-il en croisant les bras.
Elle hocha la tête et s’empressa de finir le verre. Son mari n’était pas un mauvais bougre, mais
elle était assez maligne pour savoir qu’il valait mieux lui obéir.
  - Bien. Vous êtes une adorable épouse !
Il se pencha pour lui donner un baiser sur les lèvres et, après s’être agenouillé, posa lui aussi
ses main sur le ventre rond, un large sourire s’étirant sur ses lèvres. Il avait bien fait d’épouser
Ariane, celle-ci s’était révélée très fertile et il était certain que l’enfant avait été conçu le soir
même de la nuit de noce. Un fils, elle lui donnerait un fils. Voilà qui assurerait sa
descendance, lui prodiguerait encore plus de légitimité et il serait assuré de l’amour de ses
gens. Il était extrêmement satisfait de sa situation, ravi que ses plans se déroulaient comme il
le souhaitait.
  - Si je pouvais sortir un peu plus, avança Ariane en remarquant son air ravi, peut-être que
cela serait bon pour l’enfant que je porte ?
Jehan secoua la tête.
  - Non.
  - Mais le médecin a dit que je pouvais parfaitement…
  - Peu importe ce qu’a dit le médecin, s’énerva Jehan, vous portez mon enfant, mon premier
né, et je ne veux guère de problèmes pendant cette grossesse. Vous la mènerez à terme, même
si pour cela je dois vous séquestrez afin qu’il ne vous arrive rien de fâcheux.
Son épouse baissa les yeux.
  - Si c’est ce que souhaite monsieur mon mari, alors je ne manquerai pas de lui obéir.
Le bâtard, légèrement attendri par le regard triste de sa femme, lui caressa la joue et releva
son menton entre son pouce et son index pour la forcer à le regarder.
  - Je ne souhaite point vous accabler mon amour, fit-il doucereusement, je vous laisse donc
sortir dix minutes de plus chaque jour. Cela vous convient-il ?
  - Parfaitement, je vous remercie.
  - Alors c’est entendu ! A présent, chère épouse, je retourne à mes affaires de Duc.
Il s’éloigna d’un pas joyeux.
Le mois défila à toute vitesse et son ost fut bientôt entièrement réuni, gonflée par les forces de
la parenté et des alliés, dont les solidarités se substituaient à l’autorité publique. A sa tête,
Jehan avait fière allure dans son armure étincelante, sa bannière tenue par un cavalier à ses
côtés. Ils ne mirent guère longtemps à arriver sur le territoire de Roland et se livrèrent au
brigandage, viols et autres méfaits. Les nobles prenant grand plaisir à terroriser la populace
par des chevauchés et des razzias dévastatrices, rappelant aux paysans la domination qu’ils
exerçaient sur eux.

Coralie Martin